Voir Tokyo à travers un autre regard
Habitué au métro de Tokyo, j’ai fini par oublier à quel point il pouvait sembler complexe à quelqu’un qui le découvre pour la première fois.
L’autre jour, j’ai eu l’occasion de retrouver un partenaire professionnel venu de Corée. Il était au Japon pour une réunion avec une entreprise japonaise et séjournait dans un hôtel à Ginza.
Lors d’une visite précédente, un directeur commercial français de la même société était venu directement en taxi depuis son hôtel jusqu’au lieu de rendez-vous. J’imaginais donc que les choses se passeraient de la même manière.
Mais au déjeuner, en discutant avec lui, j’ai compris qu’il avait déjà beaucoup marché.
« J’avais du temps, et j’aime marcher. »
C’est ce qu’il m’a dit.
Mais au fil de la conversation, j’ai aussi compris que la complexité du métro de Tokyo l’avait un peu inquiété.
Parmi les visiteurs que j’accompagne, certains apprécient de garder une grande autonomie pendant leur séjour.
C’est pourquoi j’essaie souvent de ne pas trop intervenir.
Mais en même temps, dans un pays que l’on ne connaît pas, dans une langue que l’on ne maîtrise pas forcément, la simple présence de quelqu’un qui connaît les lieux peut rendre les choses beaucoup plus faciles.
Cette journée me l’a rappelé une nouvelle fois.
Lorsque l’on vit au Japon, on finit par oublier que ce qui nous semble évident ne l’est pas forcément pour ceux qui nous visitent.
Après la réunion, puisqu’il était au Japon pour quelques jours, nous avons décidé de nous promener du côté de Meiji-jingū, Harajuku et Omotesandō.
Au crépuscule, Meiji-jingū était calme et agréable.
On aurait presque oublié que l’on se trouvait en plein Tokyo.
En marchant, je lui expliquais le torii, les gestes de prière et la manière d’entrer dans un sanctuaire.
Mais j’ai vite senti que, pour lui, le sanctuaire faisait surtout surgir des associations liées à l’histoire moderne du Japon.
De mon côté, je pensais plutôt aux croyances du quotidien, aux petits sanctuaires de quartier, à cette présence discrète du religieux dans la vie japonaise.
Les mêmes mots peuvent faire apparaître des paysages très différents selon les personnes.
À Harajuku, de nombreux jeunes circulaient dans des styles vestimentaires très variés.
En les observant, il m’a parlé des différences qu’il percevait avec la Corée.
Bien sûr, ce n’était que son impression personnelle, mais il avait le sentiment qu’au Japon, les goûts et les styles individuels étaient relativement acceptés.
Pour moi, c’était une scène familière.
Mais vue à travers le regard de quelqu’un venu de l’étranger, elle faisait apparaître autrement certains traits de la société japonaise.
Plus tard, nous avons voulu dîner dans un restaurant d’udon populaire.
Une longue file d’attente s’était formée devant l’entrée.
La plupart des personnes qui attendaient étaient des visiteurs étrangers.
Bien sûr, il n’y a rien de mal à ce qu’un restaurant soit populaire auprès des étrangers.
Mais personnellement, lorsque quelqu’un vient au Japon, j’aime aussi lui faire découvrir l’atmosphère des lieux fréquentés par les Japonais dans leur vie quotidienne.
Nous avons finalement choisi un izakaya plus calme.
Ce n’était pas un restaurant exceptionnel.
Mais il y avait des groupes de jeunes salariés japonais, un couple âgé élégant comme on en croise parfois à Omotesandō, et une ambiance suffisamment vivante pour revenir tranquillement sur la journée.
Avec le recul, ce ne sont peut-être pas les plats eux-mêmes qui me sont le plus restés en mémoire.
C’est plutôt la conversation.
L’atmosphère du lieu.
Le moment partagé.
Lorsque je passe du temps avec des personnes venues de l’étranger, j’ai souvent l’impression de recevoir moi aussi l’occasion de regarder le Japon autrement.
Je crois expliquer le Japon.
Mais en réalité, je réexamine aussi mes propres évidences, ainsi que celles de la société japonaise.
Ce sont ces moments qui m’intéressent profondément.
Voir le Japon à travers le regard d’un visiteur permet parfois de remarquer ce que l’on ne voyait plus.
Et cette prise de conscience donne l’impression que le monde s’élargit un peu.
Pour moi, ces moments ne consistent pas seulement à expliquer le Japon.
Ils sont aussi une manière de mettre en commun ce que chacun considère comme évident, et d’élargir peu à peu nos façons de voir.
Peut-être que les personnes qui visitent le Japon ressentent quelque chose de semblable lorsqu’elles découvrent une autre culture, d’autres habitudes, d’autres manières de vivre.
Ce sont ces instants-là que j’aime.
Lieux visités
Meiji-Jingu
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Takeshita-dōri
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Sushi Misaki Hiroo
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Menchirashi
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Uogashida Omotesandō Wo Casita
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