Entretien avec Vincent Duluc, journaliste à L’Équipe

Tout est parti d’un appel de TV Asahi.

La chaîne souhaitait interviewer un grand journaliste français afin de recueillir son regard sur l’équipe nationale japonaise pendant la Coupe du monde. 

Pour quelqu’un comme moi, dont la France et le football occupent une place importante depuis toujours, c’était une mission particulièrement enthousiasmante.

Le défi était de taille : l’entretien devait avoir lieu le jour même ou le lendemain, afin d’être diffusé dans le journal télévisé du soir.

Bien sûr, je ne connaissais personnellement aucun des grands journalistes du football français.

La première étape a donc consisté à rechercher des interlocuteurs potentiels sur Internet. J’ai dressé une liste d’une huitaine de journalistes. La plupart ne publiaient aucune adresse de contact.

Pour certains, les réseaux sociaux étaient le seul moyen d’essayer d’établir un premier contact. Rien ne garantissait une réponse.

Dans ce genre de mission, une part de hasard existe toujours. La personne est-elle présente sur le terrain pour suivre le Japon ? S’intéresse-t-elle déjà au football japonais ou au Japon en général ? Plusieurs circonstances doivent parfois s’aligner.

Et surtout, tout dépend de la confiance que l’on parvient à instaurer dès le premier message.

Parmi tous ces journalistes, un seul avait rendu publique son adresse électronique : Vincent Duluc, journaliste à L’Équipe.

Je lui ai écrit.

Sa réponse est arrivée tôt le matin du jour prévu pour l’entretien.

« Avec plaisir. »

Une réponse très courte.

Mais elle suffisait largement.

Sa signature comportait également son numéro de téléphone portable. Cela signifiait que nous pourrions facilement échanger jusqu’au dernier moment si nécessaire.

J’ai immédiatement informé le réalisateur de TV Asahi. J’avais enfin le sentiment que le projet pouvait réellement commencer.

À cette période, Vincent Duluc suivait l’équipe de France à Boston. Treize heures de décalage horaire séparaient Boston du Japon. L’entretien a donc commencé à 23 heures, heure de Boston.

Malgré cette heure tardive, il s’est montré disponible, chaleureux et très ouvert tout au long de l’échange. Nous avons parlé de l’équipe du Japon, de son prochain match contre le Brésil, ainsi que de ce qui pourrait se passer si la France affrontait le Japon.

Je suivais le fil des questions souhaitées par la rédaction, tout en laissant la conversation évoluer naturellement.

Cette fois-ci, mon rôle allait bien au-delà de celui d’un interprète.

Il s’agissait de conduire l’entretien lui-même, de créer une atmosphère propice à l’échange et d’amener les commentaires recherchés par l’équipe de production.

L’entretien fut bref, mais particulièrement riche. Nous avons même pu aborder quelques sujets qui n’étaient pas prévus au départ.

Une fois terminé, il a fallu immédiatement traduire les propos retenus afin de préparer les sous-titres destinés au journal télévisé.

Ce n’est qu’après avoir terminé tout ce travail qu’un souvenir m’est revenu.

Lorsque j’avais une vingtaine d’années, je vivais à Paris.

Le week-end, je jouais dans une équipe amateur locale et, lors des déplacements, je chantais avec mes coéquipiers les chants des supporters du Paris Saint-Germain.

Jamais je n’aurais imaginé qu’un jour je mènerais, en français, une interview avec un journaliste de L’Équipe.

Je lui ai raconté cette histoire au début de notre échange.

Il m’a répondu avec un sourire sincère.

C’était ce genre de moment où l’on sent que quelque chose passe entre deux personnes.

En y repensant, je réalise que ces années se sont peu à peu accumulées jusqu’à me conduire à cette mission.

Cela me fait penser que ce que je fais aujourd’hui me mènera peut-être, un jour, vers un endroit auquel je ne m’attends pas encore.

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